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GIRARDIN, ROUSSEAU ET LES HOTES CELEBRES

Présence de Jean Jacques Rousseau

Le marquis de Girardin est un fervent admirateur de Rousseau et c’est avec enthousiasme qu’il lui propose de l’accueillir dans son domaine. Le séjour du philosophe sera bref : six semaines à herboriser en compagnie de celui qu’il nomme affectueusement son « petit gouverneur », l’un des fils du marquis, et à donner des leçons de musique. Le 2 juillet 1778, Rousseau décède et est inhumé sur l’Ile des Peupliers avant que la Convention n’ordonne le transfert de sa dépouille au Panthéon, aux côtés des grands hommes de la nation et face à Voltaire. Sa figure reste pourtant très fortement associée au parc, qui demeurera lieu de pèlerinage, contribuant ainsi à sa renommée internationale.

René Louis de Girardin (1735-1808), créateur du jardin

Après une carrière militaire au service de Stanislas Leszcynski, duc de Lorraine, il entreprend de nombreux voyages à travers l’Europe. Il hérite du château, du domaine d’Ermenonville et d’une fortune qu’il investit dans ce projet inédit de jardin paysager. Il prend le soin d’attirer des visiteurs prestigieux et la réputation des jardins d’Ermenonville est grandissante. L’épisode révolutionnaire le voit séquestré dans son propre château, incarcéré sous la Terreur jusqu’à la chute de Robespierre. Profondément blessé par le devenir de ses jardins saccagés par les catastrophes naturelles ou les aléas de l’Histoire, le marquis de Girardin quitte définitivement Ermenonville vers 1795 et meurt en 1808.

Le Marquis de Girardin - Auteur des jardins

Après une enfance négligée par des parents dissipés, René Louis de Girardin entrera dans l’armée du roi de France puis au service de Stanislas Leszcynski, duc de Lorraine. Légataire universel de son grand-père maternel, le fermier général René Hatte, le Marquis de Girardin effectuera plusieurs voyages en Angleterre et en Italie, avant de mettre sa fortune au service de son grand projet paysager. C’est dans sa vicomté d’Ermenonville qu’il va parvenir à transformer le pays insalubre en magnifiques jardins irréguliers, les premiers réalisés en France en 1774. Faisant bâtir de nombreuses fabriques permettant d’exalter les vertus de la nature humaine, faisant graver dans la pierre des extraits significatifs d’auteurs célèbres depuis l’Antiquité jusqu’au siècle des Lumières, Girardin sera encore fortement influencé par les idées de Jean-Jacques Rousseau. Ce dernier acceptera son invitation et finira ses jours à Ermenonville. Il sera inhumé pendant quinze ans sur l’Ile des Peupliers avant d’être déplacé au Panthéon sur ordre de la Convention. Séquestré dans son propre château, le Marquis de Girardin verra sa famille incarcérée sous la Terreur, mais la chute de Robespierre le 9 Thermidor entraînera la remise en liberté de toute sa famille. Profondément blessé par le constat de ses jardins saccagés, sans illusion sur les bassesses de la nature humaine, le Marquis de Girardin quittera définitivement Ermenonville puis s’installera à Vernouillet où il décédera en 1808, indifférent aux gloires de l’Empire. Une demande de restitution du corps de Rousseau effectuée en 1806 sera accordée par l’Empereur Napoléon Ier mais restera curieusement sans effet. Si le Marquis de Girardin peut être considéré comme un grand paysagiste éclairé grâce à son ouvrage sur la composition des paysages, il peut également être considéré comme un grand collectionneur de personnalités. Toute l’Europe littéraire et politique viendra faire le pèlerinage d’Ermenonville et signer son livre d’or.

Jean-Jacques Rousseau

Lorsque Jean-Jacques Rousseau arrive à Ermenonville le 20 mai 1778, les travaux réalisés par le Marquis de Girardin sont globalement achevés depuis 4 ans. Installé provisoirement avec son épouse dans un appartement proche du Château, le philosophe passera 44 jours de totale liberté dans le domaine paysager mais aussi dans le proche Valois. Son œuvre littéraire est achevée aussi accepte-t-il de donner des leçons de musique aux filles de son hôte. Il se promène souvent avec le troisième fils du Marquis qu’il surnomme son « petit gouverneur ». Sa mort brutale, le 2 juillet 1778 dans la matinée sera suivie d’une inhumation spectaculaire le 4 juillet 1778 à minuit dans l’Ile des Peupliers. Il y reposera pendant 15 ans. Malgré les supplications du Marquis de Girardin, la Convention ordonnera le transfert de sa dépouille mortuaire à Paris. Elle séjournera tout d’abord sur le bassin du jardin des Tuileries avant d’entrer définitivement dans la crypte du Panthéon.

G.-F. Mayer, J.-G. Mérigot, A. Gandat - Dessinateurs et graveurs

Georges Frédéric Mayer s’installe à Ermenonville en 1777 pour nous laisser de charmantes aquarelles et un dessin à la plume qui restera célèbre. Il s’agit du portrait en pied de profil, de Rousseau herborisant devant sa maison proche du château. Mayer ne survivra pas longtemps au philosophe puisqu’il décédera en 1779. Il sera enterré dans l’Île des Boursaudes, proche de l’île des peupliers. Jean-Gabriel Moreau le jeune réalisera en 1778 un dessin célèbre de cette île et du tombeau de Rousseau. Il produira encore un dessin représentant les derniers instants du philosophe en 1783. Moreau le Jeune illustrera de nombreux ouvrages de l’écrivain. Jean-Gabriel Mérigot dessinera les 25 vignettes gravées dans l’Itinéraire de Jardins d’Ermenonville, ouvrage anonyme qui sera édité en 1788. Auguste Gandat quant à lui exécutera un dessin détaillé du tombeau de Jean-Jacques avant de s’écrouler en 1794 pendant une promenade en forêt d’Ermenonville.

G.-Louis Le Rouge - cartographe

Ingénieur géographe du roi Louis XV, Georges Louis le Rouge est le fils probable de l’architecte Louis-Rémy de la Fosse. En sus de ses ouvrages cartographiques, le Rouge publia des plans et vues des nouveaux jardins à la mode. La production de cette œuvre allait s’étaler régulièrement de 1775 à 1789. Ces 21 cahiers regroupent 492 gravures et plans. Le troisième cahier comprend 5 planches, 1 plan et 15 détails concernant les jardins d’Ermenonville. Le neuvième cahier comprend un grand format du nouveau monument funéraire de Rousseau d’après Gandat. La treizième planche du douzième cahier représente une vue de la tour Gabrielle avec le plan des pièces de ce bâtiment qui disparaitra sous le second Empire au nord du Château d’Ermenonville. C’est le Marquis de Girardin qui avait chargé le Rouge de faire les relevés, de dessiner et de publier dans son ouvrage certains aspects de ses jardins.

Marie-Elisabeth Joly – actrice

Sociétaire de la Comédie Française, admirée pour son talent de comédienne et de tragédienne, Marie-Elisabeth Joly voudra déposer un poème sur le tombeau de Rousseau à Ermenonville. Mais le passeur en barque est absent ce jour là. La grande actrice traversera alors le bras d’eau à la nage pour aller déposer sa dédicace sur le monument funéraire de son héros. Lorsqu’elle décédera prématurément à l’âge de 37 ans, son mari Nicolas Fouquet Dulomboy fera réaliser à la Roche au Diable un tombeau similaire au monument de l’Ile des Peupliers. C’est bien-sûr Jacques Philippe Lesueur, auteur du tombeau d’Ermenonville, qui sera choisi pour réaliser le tombeau de la grande actrice en 1798.

J.-A. Houdon, J.-Ph Lesueur… – et autres sculpteurs

Nous sommes le 3 juillet 1778 et Jean-Jacques est mort hier dans la matinée. Le marquis de Girardin a convoqué en catastrophe Jean-Antoine Houdon, le plus grand sculpteur de son temps. Ce dernier vient d’arriver avec ses ouvriers italiens. Il va réaliser un moulage en plâtre du visage mortuaire du Philosophe. Cette technique lui permettra de réaliser dans la terre glaise plusieurs portraits sensationnels du grand écrivain. Au printemps 1780 le marquis de Girardin va remplacer le premier tombeau de Rousseau par un monument plus important. C’est un jeune artiste de vingt ans, Jacques-Philippe Lesueur qui est choisi pour sa réalisation. Le sculpteur Joseph Chinard avait également réalisé une maquette pour ce projet sépulcral.

J.-M. Morel, Th. Blaikie – Les paysagistes

Auteur de la Théorie des Jardins, Jean-Marie Morel sera le premier à collaborer avec le marquis de Girardin pour les aménagements réalisés dans le parc au nord du Château. Cherchant à s’attribuer tout le mérite de ces travaux, Morel sera remercié par Girardin qui se considérera toujours comme l’auteur et le réalisateur de ses jardins. C’est en Angleterre, dans le jardin de William Shenstone qu’il admirera un exemple paysager digne d’être transposé en France. Shenstone avait réalisé une ferme ornée, un espace économique et social harmonieux où le travail et le bonheur devenaient compatibles. Le grand paysagiste anglais John « Capability » Brown avait fait des émules. Un de ses élèves, l’écossais Thomas Blaikie viendra plus tard admirer la beauté « champêtre » des paysages réalisés à Ermenonville par le Marquis de Girardin.

H. Robert, E. Vigée Lebrun … – et autres peintres

Effectuant le voyage d’Italie en compagnie du peintre Claude Louis Chatelet, Girardin rencontrera Hubert Robert, le spécialiste des ruines antiques. Ce dernier deviendra un conseiller avisé pour les aménagements d’Ermenonville avant de mettre son talent au service des Jardins de Versailles. Autre figure célèbre, la portraitiste Elisabeth Vigée Lebrun effectuera un autoportrait ravissant qu’elle dédiera au Marquis de Girardin pour son château d’Ermenonville. De nombreux artistes néo-classiques comme Xavier Joseph Bidault ou Alexandre Hyacinthe Dunouy seront attirés par les vues pittoresques de ce domaine célèbre. Le grand peintre Louis David viendra lui aussi contempler l’Ile des Peupliers et le Temple de la Philosophie.L’Empereur Joseph II, Marie… – et autres aristocratesLes Jardins d’Ermenonville ont connu la célébrité avant même l’arrivée de Rousseau. Le 24 mai 1777, c’est le futur Empereur Joseph II qui vient visiter le domaine d’Ermenonville en compagnie du Marquis de Girardin et diner à l’auberge du Soleil d’Or. En juin 1780, la Reine de France, le Comte et la Comtesse de Provence, le Comte et la Comtesse d’Artois, la Princesse de Lamballe, viennent s’incliner sur la tombe du philosophe. La Duchesse de Villeroy fera le tour du lac chaussée des souliers de Jean-Jacques. Le Prince de Ligne effectuera sa promenade en lisant le manuscrit des Confessions et en s’appuyant sur la canne du Philosophe. En 1783, c’est  le Roi Gustave III de Suède qui effectuera le pèlerinage d’Ermenonville.

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